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Dépression : quelles thérapies alternatives efficaces ?

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Dans cet article je vous présente l’examen des données scientifiques relatives à 36 méthodes alternatives de traitement de la dépression. Des compléments alimentaires en passant par les interventions physiques, les activités et les mesures diététiques, je vous sélectionne celles dont l’efficacité est la plus avérée. 

Combien de personnes ont vécu cela ? Plus d’une je gage. C’est que la question de la médecine conventionnelle face aux médecines dites “douces” se pose souvent dans le cadre de la dépression et de l’anxiété. Pour plusieurs raisons.
La première est que les personnes qui en souffrent utilisent des thérapies alternatives pour lutter contre ces deux pathologies


La seconde est qu’ils ont fréquemment des troubles du sommeil, de la fatigue ou des douleurs chroniques associées, lesquelles les orientent également vers ce type de prise en charge [1, 2].
La troisième raison est une opposition aux méthodes traditionnelles. Pour avoir déjà tenté beaucoup de thérapies ou de molécules, les patients considèrent parfois que les médecines douces sont plus efficaces, tout comme l’est de s’en sortir seul [3, 4].
En conséquence, aux Etats-Unis par exemple, les thérapies alternatives sont plus utilisées par les personnes se définissant comme anxieuses ou déprimées que par celles ayant des problèmes purement somatiques [5].

Aussi, comme il ne sert à rien de se voiler la face, qu’est-ce qui marche là-dedans ? Je vais vous donner ce qui ressort d’une étude australienne qui balaye la littérature scientifique sur 36 approches alternatives [6].
Bien entendu il y a encore plein de méthodes qui n’ont pas été évaluées, mais cela débroussaille quand même le terrain. De plus, ce n’est pas parce qu’un certain nombre de recherches disent qu’une approche n’est pas prouvée comme efficace que cela ne le serait pas pour vous. Cela signifie juste que la probabilité est moins élevée et/ou que davantage d’études scientifiques de qualité sont nécessaires pour y voir clair.
Et comme je suis sympa, je vous synthétise les points importants dans un tableau tout à la fin de cet article.

Des compléments alimentaires sont-ils efficaces sur la dépression ?

  1. Ginko Biloba. Efficacité prouvée pour l’amélioration de la circulation cérébrale, mais pas de preuve d’efficacité concernant la dépression.
  2. Glutamine. Pas de preuve d’efficacité dans des études bien contrôlées.
  3. Homéopathie. L’efficacité n’est pas prouvée sur la dépression. Pour le moment seule une étude de mauvaise qualité l’atteste.
  4. Progestérone naturelle. Pas de preuve d’efficacité sur la dépression. Une grosse étude bien menée prouve même au contraire qu’elle n’a pas d’effet.
  5. Phénylalanine. Une étude prouve qu’elle est plus efficace qu’un placébo sur la déprime prémenstruelle. Mais aucune donnée de valeur dans les autres cas. A voir.
  6. S-Adenosylmethionine (abrégé SAM). Six études montrent qu’elle a une action sur 70% des personnes contre 30% pour un placébo. Son efficacité est comparable dans sept études à celle des anti-dépresseurs tricycliques. Les données manquent sur de grands échantillons et sur leur comparaison aux anti-dépresseurs de dernière génération. Il est cependant important de ne pas prendre de SAM sans l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien, son action pouvant interagir avec d’autres molécules.
  7. Millepertuis. Dans la dépression légère à modérée, 27 études contrôlées montrent son efficacité supérieure au placébo et identique aux antidépresseurs tricycliques. Ses effets secondaires sont en outre moindres qu’avec ces derniers. Mais le millepertuis a l’inconvénient d’interagir avec de nombreuses prescriptions médicales, y compris certaines concernant des pathologies graves. L’avis d’un médecin ou d’un pharmacien est ici indispensable.
  8. Sélénium. Une étude en double aveugle prouve son efficacité pour améliorer l’humeur de personne tout venant. Pour l’instant aucune recherche n’a évalué son efficacité auprès d’un public dépressif.
  9. Tyrosine. Peu d’études. les rares qui existent montrent que la tyrosine n’a pas d’effet sur la dépression.
  10. Vitamines. Les folates semblent avoir une efficacité, principalement quand elles sont associées à un antidépresseur. Les données ne sont pas suffisantes en ce qui concerne les autres vitamines. Si vous voulez, je vous donne le détail ci-dessous. 
    1. Folates (font partie du groupe des vitamines B) : leurs effets sur la dépression sont confirmés, mais principalement dans leur association avec un antidépresseur (l’effet est plus important qu’avec l’antidépresseur seul). Cet effet se retrouve, y compris si cette pathologie est associée à la maladie d’Alzheimer ou à l’alcoolisme du sujet âgé. Les résultats ne sont pas toujours très clairs puisque les études portent sur des populations parfois très différentes.
    2. Vitamine B1 : améliore l’humeur des personnes tout venant. Pas d’études sur les sujets dépressifs.
    3. Vitamine B6 : les résultats des études sont contradictoires et portent principalement sur le syndrome prémenstruel.
    4. Vitamine B12 : pas d’effet (test uniquement sur la dépression saisonnière).
    5. Association vitamines B1, B2, B6 en association avec un antidépresseur tricyclique. Pas d’amélioration par rapport à l’antidépresseur seul.
    6. Vitamine C : bien que son effet ait été grandement suggéré par les médias, aucune étude suffisamment contrôlée n’existe pour l’attester à ce jour.
    7. Vitamine D : effet sur la dépression saisonnière démontré par une petite étude. Nécessiterait plus de recherches.
    8. Vitamine E : effet important en addition d’un antidépresseur, mais n’étant démontré que dans une toute petite étude sur neuf personnes.



Des traitements physiques sont-ils efficaces sur la dépression ?

  1. Acupuncture. Résultats prometteurs mais le faible nombre d’études de qualité ne permet pas de tirer de conclusions définitives. Ainsi L’électroacupunture est aussi efficace qu’un antidépresseur tricyclique mais l’acupuncture seule, bien que plus efficace qu’un placébo, l’est (curieusement) autant que d’être sur une liste d’attente pour un traitement par acupuncture.
  2. Ionisation d’air. Résultats prouvés dans le cadre de la dépression saisonnière. Pour l’instant l’efficacité de ce procédé sur les autres types de dépression n’a cependant pas été étudié.
  3. Luminothérapie. Efficacité prouvée et importante sur la dépression saisonnière. Ses effets sur les autres types de dépression, bien que moins démontrés, restent prometteurs.
  4. Massages. Ses effets ont été démontrés plus importants que la relaxation, mais sur des populations bien spécifiques (enfants, mères d’adolescents déprimés) et peu d’études existent. Cela ne permet pas de conclure.

Des activités sont-elles efficaces sur la dépression ?

  1. Aromathérapie (bergamotte, géranium, camomille sauvage, lavande, romarin). Seuls des études de cas rapportent son efficacité sur la dépression. A ce jour, aucune étude ne le prouve scientifiquement.
  2. Livres pour s’aider soi-même. Conçus selon les principes des thérapies cognitivo-comportementales, ces manuels visent à expliquer au patient ses symptômes et à lui donner des exercices pour améliorer son contrôle sur ces derniers-ci et sa qualité de vie. Les effets sont prouvés en cas de trouble dépressif majeur et sont maintenus après trois années. Néanmoins plus d’études sont nécessaires sur des populations plus variées.
  3. Danse (animée par un thérapeute spécialisé). L’objectif est l’expression des ressentis au travers des mouvements du corps. Petit effet à court terme dans une étude sur seulement douze patients.
  4. Exercices physiques. Effets prouvés et importants, tant en adjonction d’un traitement antidépresseur ou d’une psychothérapie que seuls. Ils sont de plus durables.
  5. Thérapie de LeShan (technique ressemblant au Reiki où un thérapeute en état de conscience modifié vise à provoquer des améliorations thérapeutiques chez un patient. Patient et thérapeute n’ont pas besoin d’être géographiquement proches). Pas d’effet thérapeutique détecté de son intérêt en adjonction d’un antidépresseur dans la seule étude centrée sur ce sujet.
  6. Méditation. Dans cet article australien ses effets ne sont pas  prouvés, mais il date de 2002, c’est-à-dire avant que l’engouement pour la pleine conscience (mindfulness) ne secoue la communauté psychothérapique. Actuellement ce type de méditation a prouvé son efficacité tant sur l’anxiété que sur la dépression. Ses effets sont plus massifs sur une population de patients que sur le stress et les angoisses quotidiennes des personnes tout venant [7].
  7. Musique. Pas d’efficacité clairement prouvée mais peu d’études.
  8. Animaux. Toutes les études souffrent de grosses erreurs méthodologiques qui ne permettent donc pas de conclure que nos amies les bêtes nous aident à lutter contre la dépression.
  9. Engagement dans des activités plaisantes. Puisque la dépression conduit à limiter peu à peu le nombre d’activités plaisantes que l’on fait, l’objectif de cette approche est d’inciter à en faire plus. Ce fut une des premières approches dans les thérapies cognitivo-comportementales, approche dite “de Lewinsohn” [8, 9, 10]. Les études montrent que si cette stratégie est démontrée efficace quand elle est associée à une thérapie cognitive, elle ne suffit pas en elle-même.
  10. Relaxation (techniques à base de relâchement musculaire). Les études sont faites sur de trop petits échantillons pour être certain mais les résultats sont prometteurs. Selon la recherche, la relaxation se montre meilleure que de ne pas avoir de traitement, aussi efficace que des antidépresseurs tricycliques ou une thérapie cognitivo-comportementale mais moins efficace que l’exercice.
  11. Yoga (surtout exercices respiratoires, c’est-à-dire du pranayama). Intervention prometteuse, y compris sur des dépressions mélancoliques ou à fort symptomatologie. Nécessite plus de recherches.

 

 

 



Des mesures diététiques sont-elles efficaces sur la dépression ?

  1. Diminution de la consommation d’alcool. Les preuves sont flagrantes pour les personnes alcooliques en dépression. Par contre il n’y a pas d’études concernant les dépressifs à consommation occasionnelle.
  2. Consommation d’alcool à des fins relaxantes. Oui, vous avez bien lu ! Il y a peu d’études sur le sujet et les preuves se perdent dans le nombre de variables (histoire personnelle avec l’alcool, circonstance de la consommation…). Pas de démonstration probante pour le moment.
  3. Diminution de la consommation de café. Effet prouvé, mais se limitant aux personnes particulièrement sensibles à la caféine.
  4. Augmentation de consommation de poissons gras (oméga-3). Une seule étude atteint les critères de qualité exigés par les auteurs et elle prouve l’efficacité des oméga-3 uniquement dans la dépression bipolaire. La dépression telle qu’on l’entend habituellement étant unipolaire (on est juste déprimé, sans passer par des phases “maniaques”), cette mesure diététique n’est pas démontrée comme efficace pour le moment. A noter que cet avis n’est pas celui de David Servan-Schreiber dans son livre [11].
  5. Diminution de la consommation de sucre. Cette mesure peut améliorer les symptômes dépressifs, mais uniquement chez des personnes ayant une sensibilité particulière au sucre. Il n’est en outre attesté que par une étude, ce qui est bien insuffisant. 

En résumé : sur les 36 thérapies alternatives,

Thérapies d’efficacité avérée Thérapies prometteuses mais manquant encore de preuves
Millepertuis Phénylalanine
Exercice physique S-Adenosylmethionine (SAM)
Livres pour s’aider soi-même (conçus selon les thérapies cognitives) Folates
Luminothérapie (sur dépression saisonnière) Acupuncture
Ionisation d’air
Relaxation
Yoga


A ceci il est possible d’ajouter si vous en avez envie la méditation de type pleine conscience (qui n’est pas considérée par les auteurs) et/ou les oméga-3.
Pour ceux ayant raté la mise en garde précédente, je rappelle que le millepertuis (de même que la S-Adenosylmethionine) interagissent avec de nombreuses molécules et en conséquence ne doivent pas être pris sans avis médical.

Si vous avez eu le courage de lire cet article en entier, vous avez certainement constaté que dans de nombreux cas il n’y a pas assez de preuves d’efficacité car pas assez d’études. Cela ne signifie pas que telle ou telle méthode est inefficace mais qu’on n’en sait rien pour le moment. Et c’est ici que vous intervenez ! Faites-moi le plaisir de partager votre expérience dans les commentaires. Qu’est-ce qui a marché pour vous, qu’est-ce qui n’a pas marché.
Avec mes remerciement par avance.



Sources : 

[1] Eisenberg, D. M., Kessler, R. C., Foster, C., Norlock, F. E., Calkins, D. R., & DelBianco, D. L. (1993). Unconventional medicine in the United States: prevalence, costs, and patterns of use. The New England Journal of Medicine, 328, 246-252.
[2] Astins, J. A. (1998). Why patients use alternative medicine. The Journal of the American Medical Association, 279, 1548-1553.
[3] Jorm, A. F., & Jacomb, P. A. (1997). « Mental health literacy »: a survey of the public’s ability to recognise mental disorders and their beliefs about the effectiveness of treatment. The Medical Journal of Australia, 166, 182-186.
[4] Jorm, A. F., Medway, J., & Christensen, H., et al. (2000). Public beliefs about the helpfulness of interventions for depression: effects on actions taken when experiencing anxiety and depression symptoms. Australian and New Zealand Journal of Psychiatry, 34, 619-626.
[5] Eisenberg, D. M., Davis, R. B., Ettner, S. L., Appel, S., Wilkey, S., Van Rompay, M., & Kessler, R. C. (1998). Trends in alternative medicine use in the United States, 1990–1997: results of a follow-up national survey. The Journal of the American Medical Association, 280, 1569-1575.
[6] Jorm, A. F., Christensen, H., Griffiths, K. M., & Rodgers, B. (2002). Effectiveness of complementary and self-help treatments for depression. The Medical Journal of Australia, 176, S84-S96.
[7] Hofman, S. G., Sawyer, A. T., Witt, A. A., & Oh, D. (2010). The Effect of Mindfulness-Based Therapy on Anxiety and Depression: A Meta-Analytic Review. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 78(2), 169-183.
[8] Lewinsohn, P. M., Hoyoungren, M. A., & Grosscup, S. L. (1980). Reinforcement and depression. New York: Academic Press.
[9] Lewinsohn, P. M., Hoberman, H. M., & Teri, L. (1985). An integrative theory of depression. Theoretical issues in behavior therapy. New York: Academic Press.
[10] Lewinsohn, P. M., Hoberman, H. M., & Clarke, G. N. (1989). The coping with depression course: review and future directions. Canadian Journal of Behavioural Science/Revue canadienne des sciences du comportement, 21(4), 470-493.
[11] Servan-Schreiber, D. (2003). La révolution des oméga-3 : comment nourrir le cerveau émotionnel. Guérir le stress, l’anxiété et la dépression sans médicaments ni psychanalyse (p. 161-184). Paris: Robert Laffont.


 



 




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